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lundi 03 avril 2017

Bruno Barrillot : une ardeur inusable…


Notre ami Bruno Barrillot a achevé son dernier combat ce samedi 25 mars 2017 vers 23h (heure française) à Tahiti. Il est parti entouré de ses amis polynésiens, sans bruit, avec la discrétion et la modestie que nous lui connaissions. C'est Patrice Bouveret, son compagnon de lutte, co-fondateur avec Bruno de l'Observatoire des armements à Lyon, qui nous en a informés. La Polynésie était au cœur du combat que Bruno menait depuis plus de trente ans pour faire reconnaitre la responsabilité de l'Etat dans les conséquences désastreuses des essais nucléaires pour la vie et la santé des populations locales. Et surtout obtenir réparation et justice pour les victimes. C'est en terre polynésienne qu'il souhaité reposer, dans ce cimetière de Papeari où sa tombe est proche de celle de son vieil ami John Doom. Ce pasteur protestant était un militant de longue date contre les essais nucléaires. Il est mort le 25 décembre dernier, alors que Bruno était de passage en France pour des examens médicaux. Un départ qui l'avait beaucoup affecté.

 

Jusqu’au bout, pourtant, Bruno aura été un combattant. Depuis son départ en août 2016 pour reprendre la tête de la DSCEN (délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires) à Tahiti, il continuait, par courriels, à suivre de près les actions de l’APRC. Le dossier de l’action auprès des parlementaires et du ministère lui tenait particulièrement à coeur. Membre du CA et vice-président de notre association,  son expérience l’avait poussé à s’investir au sein de la commission « Avenir de nos retraites » où il apportait son expertise et sa connaissance du milieu parlementaire. Nous nous sommes revus à Lyon le 3 janvier dernier. Il était fatigué et souffrant du froid. Mais son énergie intérieure était intacte. Deux jours plus tard il reprenait l’avion pour Papeete.

Le 16 février, après un long silence, il m’adressait un mail où il m’annonçait que son état de santé était plus grave que ce qu’il imaginait. Ce qui ne l’empêchait pas quelques lignes plus loin de parler de son travail : « Sur le suivi des essais, j'ai beaucoup travaillé en janvier avec le gouvernement polynésien, les élus députés et sénateurs polynésiens et les associations polynésiennes pour finalement obtenir que le principal obstacle ("risque négligeable") qui permettait de rejeter 98 % des demandes d'indemnisation soit voté définitivement par l'Assemblée et le Sénat... Cela a été un dur combat, jusqu'au dernier moment (le 9 février) pour obliger le gouvernement central à céder et accepter la suppression du "risque négligeable" dans le texte de la loi... Comme je souhaiterais que nous puissions suivre le même chemin pour les pensions dérisoires des ministres du culte... Comme quoi, un simple amendement très mal ficelé par le gouvernement peut déclencher une victoire inattendue ! ».

Le 21 février dernier, après avoir évoqué la perspective de la chimiothérapie, il écrivait : « Je pense pouvoir continuer mes activités en même temps : je n'ai pas l'intention de rester ici à ne rien faire et je pense que l'activité fait aussi partie de la guérison (ou rémission) ».

La maladie a eu finalement raison de ses forces. Comme tous ses amis, aujourd’hui, nous ressentons un immense vide. Mais nos cœurs sont envahis de reconnaissance pour tout ce que Bruno nous a apporté par sa ténacité, sa soif de comprendre et d’analyser, sa volonté de ne jamais baisser les bras. Ces mêmes qualités qu’il avait mises au service du combat pour les victimes des essais nucléaires, il les avait mises au service de l’APRC. Nous mesurons aujourd’hui tout ce que nous lui devons.

 

En 2010, dans la préface au livre écrit par Bruno « Victimes des essais nucléaires : histoire d’un combat » Christiane Taubira écrivait : « Bruno Barrillot, avec cette ardeur inusable, cette détermination inlassable, cette fidélité coriace, cette indignation prolifique nous livre la trajectoire tissée de petites victoires, de minuscules conquêtes, de grandes déceptions, de petits pas et de quelques larges sauts de ce que furent ces vingt-six ans de combat. Un combat difficile et périlleux, car il affronte la raison d’Etat. » A la lumière de ces mots on mesure mieux combien Bruno était préparé pour apporter sa pierre au combat que mène l’APRC depuis bientôt quarante ans. Car, dans l’un et l’autre cas, le défi est le même : affronter la raison d’Etat pour défendre le droit et la justice face à des institutions – armée ou Eglise – soucieuses avant tout de sauvegarder leur image et leur « respectabilité ».

A son fils, à sa famille, à ses amis, nous adressons nos condoléances et notre amitié. Merci, Bruno ! Que ton exemple nous inspire pour continuer le chemin, avec la même ardeur inusable et la même fidélité coriace.

Michel NEBOUT

 

Voir aussi l’hommage qui lui est rendu par Patrice Bouveret sur le site de l’Observatoire des armements :  http://www.obsarm.org/spip.php?article288

Voir sur notre site un dossier de presse sur le combat mené par Bruno à Tahiti http://aprc.asso.fr/cmsms/uploads/DOC_APRC/presse/bruno_barrillot.pdf

Un hommage sera rendu à Bruno Barrillot le samedi 8 avril dans les locaux de l’Observatoire des armements :  187 Montée de Choulans 69005 Lyon.

Possibilité d’envoyer des témoignages à l’adresse suivante : pourbruno@obsarm.info