déc. 1, 2018

Sommes-nous « suppôts de Satan » !


Depuis cet été l’Église de France et d’ailleurs l’Église toute entière est en pleine reconnaissance des fautes commises en matière d’abus sexuels et de non dénonciation de ceux-ci. Elle est prête à avouer tous ses manquements, et à ne plus recommencer. Bon d’accord, il est plus que temps… bien qu’il n’y ait pas encore d’engagements en terme de réparations !

Or voilà que mon oreille se met à siffler : au moment de l’ « Ite, missa est », notre « jeune » recteur (c’est l’expression bretonne), à peine la quarantaine, annonce le communiqué du Pape François et  se lance dans la dénonciation de la présence satanique un peu partout dans le « monde » bien sûr mais aussi dans l’Église et notamment dans notre paroisse. Il est à l’œuvre  lorsque les laïcs émettent des points de vue négatifs sur la pastorale du jeune curé

 

Le communiqué est donc distribué à la porte de l’église car « le Pape souhaite que les catholiques prient pour défendre l'Église du diable ». En effet : « Ces dernières années et ces derniers mois, l’Église a vécu des situations difficiles, entre autres la révélation des abus sexuels, de pouvoir et de conscience de la part de clercs, de personnes consacrées et de laïcs, provoquant des divisions internes.. »

 

« Nous portons d’ailleurs une part de responsabilité en nous laissant entraîner par des passions qui n’ouvrent pas à la vraie vie ; parmi elles : la richesse, la vanité et l’orgueil. Ce sont des étapes par lesquelles le mal veut entraîner, et nous séduire. A partir de bonnes pensées et de bonnes intentions il conduit peu à peu les personnes vers ses intentions perverses (discordes, mensonges, etc…) »

 

Je suis étranger aux abus sexuels et à une responsabilité de dénonciation, mais je suis coupable d’être parti, d’avoir « quitté », d’être critique vis-à-vis de mon Église, pire je la poursuis devant les tribunaux à propos de la bonne application de la loi du 2 janvier 1978, je lui réclame des comptes, je dénonce ses pratiques en matière de cotisations qui ne sont pas payées, d’arriérés qu’elle devrait assumer, de victimes qu’elle devrait indemniser. Pour tout cela suis-je un «suppôt de Satan » au Conseil d’administration de la Cavimac ? - La rancœur de quelques administrateurs cathos me conduit à cette interrogation ?

 

Ainsi donc priez mes frères, Saint Michel : « Prince de la Milice Céleste, par le pouvoir divin qui vous a été confié, précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais qui parcourent le monde pour la perte des âmes. Amen.»

 

Est-ce que l’Église catholique confrontée à une opposition est en réalité en but au « pouvoir de Satan » ? Est-ce que devoir mettre en place dans un diocèse un comité d’entreprise et s’exposer à la mise en cause des choix épiscopaux par un syndicalisme authentique est diabolique ? Est-ce que les raisonnements fondés, nous amenant à contester les dogmes, à les situer historiquement, à conduire un profond travail d’actualisation de la Bible, à oser penser des réformes, est diabolique ?

Quelle est d’ailleurs la réalité de la foi en Lucifer ? Oh je sais : la plus grande victoire de celui-ci est d’obtenir que son existence soit méconnue et niée par les catholiques. Certes mais ces prières dirigées contre tous les « suppôts de Satan », n’est-ce pas un moyen commode de reporter sur les autres les responsabilités des fautes personnelles commises par les Papes, les évêques, les prêtres, les fidèles qui ne veulent pas voir et préfèrent se fier aux autorités. Désolé, je n’ai pas eu envie de faire mes prières avec les injonctions de ce communiqué papal.

Jean Doussal

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