Billets

15 janv. 2019

Errances…


Il y a de cela près d’un siècle maintenant, mon père a été hospitalisé aux hospices de Beaune, dont la vocation n’avait à l’époque rien à voir avec l’œnologie. C’étaient des religieuses qui soignaient les malades. L’état de mon père, adolescent, nécessitait une période de repos, incompatible avec un retour à domicile. Une bienveillante religieuse lui a proposé d’aller se reposer… À l’abbaye de Cîteaux, chez les Trappistes, ce qui fut fait. Après quelque temps passé à l’hôtellerie, un brave frère a demandé à mon père : « tu rentres ? – ou tu sors ? ». Papa est entré – comme oblat au départ puisqu’il était mineur. Vous aurez compris qu’il n’est pas resté, puisque je suis la troisième de ses cinq enfants, mais il a passé là quelques années tout de même.

Dieu m’appelle. OK, mais à quoi ? À quel genre de vie ? En admettant qu’il m’appelle à la vie religieuse, que choisir ? Lorsqu’on est à l’extérieur, il faut déjà connaître la différence entre une communauté apostolique et une communauté monastique – ce qui n’était pas mon cas.

Une fois admis dans la communauté, il peut y avoir des choses qui me heurtent, mais l’idéal proposé est si beau que mon seul désir est d’y adhérer. En outre, dire que des choses me heurtent va contre la sainte obéissance.

Il arrive ainsi que l’on passe un certain temps – quelques années peut-être – dans une communauté, avant de se rendre compte que l’on s’est fourvoyé.

Et l’on va peut-être aller voir une autre communauté et faire la même démarche.

Les recrutements se font rares. Est-ce la raison pour laquelle les responsables de communauté pratiquent si peu le discernement de la vocation de la personne qui s’offre à eux ? Lorsque quelqu’un a déjà quitté une première communauté, la prudence devrait s’imposer. Ce n’est apparemment pas toujours le cas puisque nous voyons des personnes qui ont ainsi fait trois, quatre, cinq essais de vie religieuse. Ils ont fait à chaque fois un postulat, un noviciat, ils ont prononcé des premiers vœux, parfois même des vœux définitifs – et puis ils sont partis.

Et ils sont souvent très cassés, démolis, dans une terrible souffrance. Leur réinsertion dans la vie du « monde » est encore plus difficile que pour d’autres.

Sans compter que leur retraite sera particulièrement minable : chaque période de postulat et de noviciat dans chacune des communautés fréquentées comptera pour du beurre.

Christiane