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15 mai 2019

Réparons l’Église


Trop c’est trop… Le Journal La Croix et l’hebdomadaire Pèlerin, toujours soucieux de publier les  aspects positifs de l’institution ecclésiale, constatent que rien ne va plus… Ils ont lancé  une large consultation sur le thème « réparons l’Église » et leurs correspondants se déplacent sur toute la France. Chacun a la possibilité de participer à la consultation [i].

1         Une réparation qui n’aurait pas à être structurelle ?

France catholique pose le problème à sa manière : « Réparer l’Église, ce n’est pas entreprendre la réforme de n’importe quelle institution humaine avec ses remaniements structurels. C’est s’engager dans une œuvre de guérison intérieure, qui se traduira certes par des résultats tangibles, mais dont la fécondité sera de nature particulière, car l’Église qui est « à réparer » est bien celle que le Christ s’est achetée de son sang. » […]  « Faudra-t-il des François et des Ignace pour réparer l’Église en crise du XXIe siècle ? Ce n’est pas une possibilité à exclure. Mais ce qui est certain, c’est qu’elle ne sortira pas de ses maux simplement à coups d’assemblées générales, fussent-elles synodales. Les élans spirituels obéissent à des impératifs qui échappent souvent à la sagesse de ce monde »[ii]. 

Si France Catholique sent la nécessité de remettre les pendules à l’heure, l’approche de l’hebdomadaire n’aborde pas sainement la problématique… Selon lui, la réparation n’aurait pas besoin d’être structurelle. Pourtant les dysfonctionnements constatés n’atteignent-ils pas le cœur même de cette « société parfaite » que « l’Eglise catholique » se prétend être ?

Ce concept de « société parfaite » est à prendre sous l’angle d’ « un groupe autosuffisant ou indépendant qui détient déjà toutes les ressources nécessaires et les conditions pour atteindre son but global » [iii]. L’Eglise catholique est-elle vraiment autosuffisante ? Les régulations qu’elle met en place – ses tribunaux par exemple – permettent-elles de véritablement rendre justice à ses laissés pour compte ?

2         Premiers constats

Les correspondants de « La Croix » et de « Pèlerin » sillonnent donc la France, leurs chroniques sont régulières. Ils font un premier constat : ce sont les femmes qui, très sollicitées, tiennent la boutique. Elles ont scrupule à déranger les prêtres et les excusent : « C’est peut-être mon éducation qui veut ça. Mais j’ai l’impression qu’on met le prêtre sur un piédestal, qu’on le considère un peu trop comme Dieu sur terre. On se dit que lui, forcément, « il sait ». »[iv]. C’est ainsi qu’elles avalent les couleuvres…

Ce premier constat journalistique devrait induire une première réforme : celle de la place des femmes dans la structure de l’Eglise.

Poursuivant son tour de France, le correspondant de Bayard Presse a l’occasion de pénétrer dans une église qui, animée par une communauté charismatique, est emplie de fidèles. « On reconnaît un refrain de la communauté de l’Emmanuel. C’est à elle qu’est confiée cette paroisse nantaise ». Le correspondant souligne : « Cinq jours après le début de notre « tour de France » avec Jean-Matthieu, le photographe de ce reportage, voilà sans nul doute l’église la plus pleine et la communauté chrétienne la plus dynamique que nous ayons croisée »

 

Après quoi, notre correspondant fait étape dans une communauté Saint-Martin : soutanes, enfants de chœur, patronages à l’ancienne. Le journaliste s’extasie : 150 séminaristes ! et interviewe l’un d’entre eux : « Quand on l’interroge sur les risques du cléricalisme, Jérôme confie simplement son vœu le plus cher : devenir un « saint prêtre ». - C’est-à-dire ?- « Être conscient que j’ai été appelé alors que je ne le mérite pas ; et faire la volonté de Dieu, pas la mienne. Pour ne pas tomber dans le cléricalisme, je crois qu’il faut se souvenir que le sacerdoce n’est pas une fonction mais une consécration. » Comme quoi la sacralisation du prêtre a encore de beaux jours devant elle !

Lorsque nous consultons le blog de l’APSECC, association représentative de prêtres, nous lisons ce témoignage, datant de début janvier, et rappelant le combat qu’elle mène : « Faire que notre humanité soit toujours première sur notre spécificité. Ainsi :

•          Avons-nous suffisamment milité pour garder et promouvoir notre insertion professionnelle dans le monde du travail en milieu sécularisé ?

•          Avons-nous suffisamment fait prendre en compte la valeur humaine de notre corps affectif, amoureux, sexué en nous accommodant trop facilement de son refoulement institutionnellement convenu ?

•          Avons-nous assez contribué, pour notre part, à désacraliser l'image des clercs et congréganistes ? ».

Mais ce vieux prêtre déplore que ces objectifs de l' APSECC centrés sur la solidarité sociale, autour de la santé et de la retraite, ne sont plus guère porteurs pour les générations de prêtres plus récentes.

 

3         Ce que nous pouvons en dire

Revenons sur le propos de France Catholique : « Réparer l’Église, ce n’est pas entreprendre la réforme de n’importe quelle institution humaine avec ses remaniements  structurels » Pourtant, ne faudrait-il pas commencer par prendre à bras le corps cette question de l’Église “institution humaine” et accepter que toute réparation ne se limite pas à  la sainteté et à l’héroïsme de ses membres ?

 

Structurellement, l’Église catholique ne peut plus se contenter d’être fondée sur des hommes et la sacralisation de leur fonction. Les charismatiques et autres communautés qui prétendent revenir aux structures anciennes devraient y réfléchir.

Il y a loin entre la « société parfaite » ecclésiale et la « société parfaite » civile. La première devrait se laisser interpeller par Winston Churchill : «La démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres.» ! La société civile opère des « remaniements structurels » dont l’Eglise devrait s’inspirer. Dans un souci d’évolution, les diocèses connaissent désormais des « comités d’entreprise » - mais comment les évêques vivent-ils cette intrusion du monde du travail ?

Le militant de l’APSECC cité plus haut parlait de l’insertion des prêtres dans le monde du travail… Quelle réalité a-t-elle aujourd’hui ? Que dire des « laïcs en mission ecclésiale » qui ont un statut de bénévoles alors que, grâce à leur « travail », ils pallient l’absence de collègues prêtres ?

Dans l’interview qu’elle accorde à Golias Sœur Véronique MARGRON apporte une réponse en soulignant qu’il est « toujours compliqué de faire des analogies avec le politique » mais observe que si « les communautés religieuses ne sont pas démocratiques au sens politique du terme,   parce qu’elles sont communautaires, elles disposent depuis toujours d’organes de participation fortement importants, dirimants […] Il y a bien sûr des décisions qu’un supérieur peut prendre seul, mais… »[v]

L’ « entre soi » voulu par les catholiques mériterait d’être interpellé. De même dans le régime social des cultes : le point de vue institutionnel (employeur) ne laisse toujours pas de place à celui du bénéficiaire (salarié, assuré social). J’ai été formé par la société civile et je respecte profondément le partenariat et crie sa nécessité : les points de vue entrepreneur-institution, respectables en soi, doivent pouvoir être librement confrontés aux points de vue des salariés-membres d’institution

Jean Doussal

 
[i] https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Reparons-lEglise
[ii] https://www.france-catholique.fr/Reparer-l-eglise.html
[iii] https://fr.wikipedia.org/wiki/Societas_Perfecta
[iv] Voir ces divers témoignages à partir du premier lien : https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Reparons-lEglise
[v] Golias Hebdo n°573, p6