01 août 2019

PLEIN JOUR, un rayon de lumière pour les compagnes de prêtres


« Merci pour tout ce que vous faites ! À 85 ans, je souffre encore de tout ce que l’Église nous a  fait souffrir avec Jean. Au fond de moi, j’en ressens encore l’angoisse. Nous sommes détruis pour toujours. » Ces quelques mots m’ont été envoyés par M.T. qui s’excusait de ne pas pouvoir venir à l’AG de Plein Jour (Paris, 22 juin 2019). Son mari, AMC, aujourd’hui décédé, était adhérent à l’APRC. Elle reçoit une pension de réversion de la CAVIMAC.

Une autre adhérente s’exprime : « Je tombe follement amoureuse de lui, et, sans me démettre, lui avoue mes sentiments. Lui, tombe des nues, offre des résistances et révèle sa double paternité antérieure qu’il vit comme un lourd fardeau. Avec J. nous  devenons amants furtifs, et sans lendemain pour lui ; moi je suis aux anges et persuadée que c’est l’homme de ma vie. Je le bouscule trop, lui mets la pression car je divorce pour me rendre totalement libre. La machine s’emballe trop vite pour lui. Je décide de quitter le département pour lui laisser exercer son ministère. Je pensais qu’il m’en saurait gré ; en réalité il est heureux de se débarrasser d’un poids, il respire de nouveau et se sent libre.

J. ne donne plus signe de vie, ne répond plus à mes messages. Je ne m’en remets pas. Je m’enfouis dans mon chagrin. Ce vide, ce creux laissé par J., je ne l’accepte pas. Il me ronge et me tue à petit feu. L’association Plein Jour, m’écoute et m’explique, donne des mots et une signification à tous ses pas en avant et ses pas en arrière. Je veux mettre fin à mes jours. Je ne supporte plus les attitudes étranges et ambivalentes de J. Un jour il est agréable, deux jours plus tard rigide et cassant. J’ai toujours l’impression de le gêner, de l’encombrer. Pourtant je suis sincère et ne lui veux que du bien, le sachant lui-même malheureux et encombré, ô combien, par le poids de ses filles cachées dont il n’a des nouvelles qu’épisodiquement et qu’il n’a pas le droit de voir. »

 Que de souffrances vécues, dans l’ombre, par tant de femmes amoureuses d’un prêtre !

L’Association Plein Jour offre un soutien moral à toute personne, femme, prêtre ou religieuse qui vit une relation d’amour interdite par l’Eglise catholique romaine, et lutte pour l’abrogation de la règle du célibat ecclésiastique. Mais ici, pas d’actions auprès des parlementaires,  peu de médiatisation malgré de nombreuses sollicitations de la part des journalistes. Il paraît tellement compliqué de mettre à la lueur des projecteurs des histoires cachées et souvent « cassées ». Plein Jour est surtout une oreille qui écoute et qui libère la parole. La commission Écoute comprend 15 personnes. Leurs coordonnées sont disponibles sur le site : https://plein-jour.eu.

Plein Jour publie un bulletin trimestriel. On y trouve des témoignages de compagnes de prêtres, des récits de combats menés dans le monde et dans l’Église pour la dignité et le respect de la femme. L’association vient d’éditer un ouvrage « Des compagnes de prêtres témoignent », chez Golias. Il rassemble 80 histoires, parfois douloureuses, mais toujours pleines de courage et de détermination de la part de celles qui sont condamnées pendant des mois, voire des années, à vivre dans l’ombre… au nom de l’amour.

Qui a dit que tous ceux qui aiment en vérité devraient vivre leur amour en plein jour sans être inquiétés par qui que ce soit ? Certainement pas un cadre de l’Église catholique. Mais un jour viendra… Alors, Plein Jour n’aura plus sa raison d’être. Patience, donc.

Léon Laclau