Billets

01 mai 2020

Confinés !


Voilà plus d’un mois que chacune et chacun d’entre nous, citoyens et citoyennes de France et du monde vivons « confinés » dans nos appartements, nos maisons, nos studios, nos « chambres de bonnes » aujourd’hui « chambres d’étudiants » mais aussi dans la rue, sous les ponts, dans des cabanes au milieu des bois, ou sur les bords des autoroutes… Situations mises au grand jour qui ramène la situation humaine au devant de la scène. Il était bien temps !!!

Nous connaissons, toutes et tous, la cause de ce confinement, elle est dramatique par la souffrance et les tragédies qu’elle entraîne. Cela devient insupportable et à titre personnel ou collectif nous aspirons à en sortir au plus vite ; c’est si vrai que tout nous entraîne au moment où l’on vient d’en annoncer la prolongation, on ne parle bientôt plus que de l’après confinement, et comment on va retourner à une vie normale.


D’un premier temps
Nous avons accepté d’être confinés, et pourtant il convient mieux de dire que l’on a été confiné !

Ce terme confiné peut exprimer plusieurs choses (selon le Littré.. : Toucher aux confins, aux limites Reléguer quelqu'un dans un certain lieu.- se retirer dans un lieu écarté pour y vivre dans la retraite)

Nous avons donc plusieurs possibilités de vivre ce confinement pour nous l’approprier sans attendre uniquement que l’on nous en libère, sachant que cela ne nous conduira pas forcément vers « un comme avant » !

Toucher aux confins, aux limites : Nous sommes limités dans l’espace à vivre, dans nos activités souvent plus extérieures qu’au domicile, privés de distractions, d’activités sportives, ludiques, récréatives, et bien sûr privés de relations professionnelles, familiales, amicales, sociales. Ainsi de chez soi voilà que nous voyons mieux celles et ceux qui font ou qui devraient faire (mieux ?) notre vie !

Nous mettons l’accent sur les personnes seules, en EPHAD, mais leur situation est-elle nouvelle ? N’arrive-t-il pas très souvent qu’elles meurent isolées, et qu’on les retrouve quelque temps après leur mort, cela ne fait jamais la une de l’actualité.

Nous nous acharnons à trouver sérums, vaccins, traitements contre ce virus avec une rapidité incroyable parce qu’il est dangereux pour toutes et tous, mais après 30 ans on n’a trouvé pour le VIH qu’une trithérapie palliative qui coûte un maximum aux assurances et enrichit mieux encore les laboratoires. Il en est souvent ainsi pour les minorités !

Les personnes « fragiles » qui meurent du covid19, ont été rendues fragiles par nos modes de vie, nous devons le reconnaître, mode de vie choisis par chacune et chacun ou imposés selon nos conditions sociales. Et beaucoup meurent du fait de maladies déjà installées, ou du fait de la faiblesse d’un âge avancé !

 

Au second temps
Déjà dans cette deuxième phase de notre isolement, l’actualité fait place à l'Économie au détriment de l’humanité. Et pourtant….

Au risque de scandaliser, nous nous portons mieux aujourd’hui, que le mois dernier.

L’atmosphère devient respirable, le ciel bleu en journée et étoilé la nuit… Longtemps qu’on ne l’avait pas vu.

La distanciation sociale nous fait revoir les priorités dans l’organisation du travail, pour plus de sécurité,

Les personnels au service de la population sont mis en avant comme indispensables et ne sont plus « transparents »

Nos voisins nous sont moins inconnus et nous nous saluons à nos fenêtres chaque jour à 20 h après avoir applaudi les soignants !

Nos amis les bêtes qu’ils soient rampant, nageant, volant, ou galopant, se souviendront longtemps de ce printemps 2020 où ils ont pu réinvestir sans risque leur environnement. Ils élèvent leurs petits en toute tranquillité, ils peuvent traverser les routes en toute sécurité…

Nous avons fait beaucoup d’économie en carburant, les accidents de la route ont diminué.

Nous avons retrouvé la proximité des commerces, des marchés de petites tailles, fait pour le nécessaire, ayant abandonné le superflu.

Bien sûr le retraité que je suis n’a pas les difficultés « économiques » que les générations plus jeunes rencontrent.

Au-delà de « l’économie » ou d’autres questions plus matérielles, chacune et chacun, en famille, pourrait sans doute témoigner de ce moment privilégié de se retrouver au coude à coude (forcé ou assumé) dont parents et enfants se souviendront longtemps.

Les associations de solidarité tirent la sonnette d’alarme, font appel aux dons, c’est bien, ce devrait être aussi pour elles l’occasion de réfléchir sur le mode économique de leur fonctionnement.

Ce confinement nous emmène aux confins, aux limites du danger du « toujours plus », du gigantisme, qu’il soit personnel, « communautaire », économique à tous les étages.

Les soignants gagneront la partie, nous nous protégerons du mieux que nous le pourrons.

 

Pour l’après
Et si nous avons la chance de voir « l’après », alors nous le désirerons un peu semblable à ce temps-ci, ou les vraies valeurs retrouvent leur place, où l’économie fait une place à l’humanité, où la politique rejoint mieux la société.

Nous pressentons le bienfait d’une vraie régulation écologique, d’une hiérarchie des valeurs un peu oubliée, le nécessaire effort à accomplir pour vivre la vraie responsabilité humaine, qui prend soin de soi-même sans oublier son voisin.


Bernard DECONCHE, 1er mai 2020