PRESSE

avril 23, 2015

Travailleuses missionnaires


Lisieux : le malaise des Travailleuses missionnaires

Ouest France le 21 avril 2015

L’AUTEURE DE LA PLAINTE   : « ON M’A VOLE NEUF ANS DE MA VIE »    

TEMOIGNAGE

 Sylvie (prénom d'emprunt), une Africaine de 35 ans, habite dans l’agglomération caennaise avec sa petite fille.  << En 2010, je me suis enfuie de la communauté des Travailleuses missionnaires. J’y ai travaillé neuf ans sans jamais être payée. Sans pouvoir sortir, sauf en groupe et sous surveillance. On nous avait pris nos passeports. On m’a volé neuf ans de ma vie. »

Tout commence en 2001. L’association Famille missionnaire Donum Dei arrive en Afrique : « Celles qui recrutaient m’ont dit qu'elles s‘occupaient de malades et d'orphelins pour des missions à caractère religieux, raconte Sylvie.  J’étais en classe de 1ère, mais je voulais aider d'autres personnes. » Elle est majeure, intègre la communauté et reste un an dans son pays.

<< J’ai réussi à m’enfuir »

Sylvie arrive en France à 22 ans, de 2002 à 2006, elle travaille dans les restaurants que l’association a ouverts sous l'appellation L’Eau vive, à Marseille et dans le Doubs : << On faisait le service, le ménage, la vaisselle et la cuisine. Je n'ai suivi aucune formation professionnelle. »

En septembre 2006, la jeune femme arrive à Lisieux, où elle reste jusqu’en 2008 :« Nous étions 18 Travailleuses missionnaires au Foyer Louis et Zélie Martin et à l’Ermitage. Les centres d’accueil pour les pèlerins étaient ouverts 7 jours sur 7. J’étais devenue une machine à travailler et à obéir sans pouvoir réfléchir. Pas un jour de congé. On avait souvent faim, on ne mangeait pas assez. >> Elle parle d’une culpabilisation constante, raconte les interdictions de parler << aux pèlerins et au prêtre qui nous confessait. Tout ce qui venait de l’extérieur était diabolisé, l'argent aussi ». Quant au courrier envoyé par la famille, « on devait le lire devant tout le réfectoire »  .

Après Lisieux, elle est transférée à Rome, puis dans un autre pays d’Europe quelle ne veut pas citer, «  Je ne veux pas qu’on me reconnaisse. »  C’est de là quelle parvient à s’enfuir en 2010,  aidée par des clients du restaurant où elle travaille. Elle rejoint Paris, puis Caen, grâce à un prêtre. Suivie depuis un an par un psychologue, Sylvie retrouve petit à petit le goût de la vie. Elle a porté plainte contre Famille missionnaire Donum Del pour exploitation d'une personne réduite à l'esclavage.

N. T