PRESSE

avril 12, 2014

AG 2014 - Nouvel observateur - le plus


AG 2014 - NOUVEL OBSERVATEUR - le plus
http://leplus.nouvelobs.com/Hubert-Panneau
Publié le 12-04-2014 à 14h52 - Modifié à 18h05
LE PLUS. Messes, baptêmes, mariages, être prêtre c’est une vocation, un dévouement corps et âme à Dieu. Pendant 36 ans, Hubert Panneau a été prêtre dans la Sarthe. En 1998, alors qu’il décide de partir à la retraite, il découvre le montant de sa pension : 383 euros par mois. Aujourd’hui marié, il invite l’Église à changer son attitude.

Édité et parrainé par Louise Auvitu


J’ai été prêtre de décembre 1962 au 1er août 1998. Pendant 36 ans, j’ai fait mon travail avec conviction et dévotion, j’ai cotisé comme tout le monde et pourtant aujourd’hui je me retrouve avec une pension de 383 euros.

 

On ne peut pas vivre avec un telle somme, c’est simplement ridicule et il me semble urgent de faire évoluer la situation des prêtres français.

 

Tous les mois, je mettais 2.000 francs de côté

 

Lorsque Valérie Giscard d’Estaing est arrivé pour au pouvoir, il a lancé la Sécurité sociale pour tous, les salariés comme les non-salariés pouvaient dès lors en bénéficier.

 

Mais l’épiscopat a refusé d’entrer dans le régime général et a donc créé une caisse d’assurance vieillesse pour les personnes des cultes, la CAVIMAC, pour laquelle notre part de cotisation vieillesse était insignifiante.

 

Chaque mois, je gagnais environ 4.000 francs et ayant conscience de la faiblesse de mes cotisations, je prenais le soin de mettre la moitié de mon salaire de côté pour mes vieux jours.

 

Je ne payais ni impôts, ni loyer, ni facture

 

C’était une époque très différente d’aujourd’hui, les prêtres avaient très peu de frais et bénéficiaient d’avantages en nature. Par exemple, je n’ai jamais payé un dentiste ou un médecin. Je vivais dans un presbytère de la Ferté-Bernard, je ne payais donc ni loyer, ni facture, je devais juste m’acquitter des repas, mais la plupart du temps j’étais convié par des fidèles. Je ne payais aucun impôt.

 

J'avais en charge 14 églises dans des villages différents et je recevais des frais kilométriques pour deux voyages par semaine dans chaque village.

 

Quand j'étais à la délégation régionale, nous avions essayé de lancer une campagne pour étudier réellement nos capacités contributives. Il n'y a pas eu de suite, c'était un peu un sujet tabou.

 

Avec 383 euros par mois, je ne peux pas subvenir à mes besoins

 

En 1998, à 63 ans, j’ai décidé de tirer ma révérence. Je ne voulais plus être prêtre, non pas parce que la solitude me pesait, mais tout simplement parce que je souffrais de l’hypocrisie épiscopale.

 

Fraîchement retraité, j’ai alors réalisé que pendant toutes ces années, je n’avais aucune idée précise du montant de mes cotisations. Tout passait par l’évêché et moi, prêtre, j'étais très mal informé sur mes droits.

 

J’ai donc fait les démarches administratives pour obtenir une pension de retraite. Lorsque j’ai reçu mon premier virement, le choc a été total. Alors certes, j’avais bénéficié de certains avantages, mais ma pension de 383 euros par mois n’était pas suffisante pour subvenir à mes besoins.

 

Puis, je me suis marié et après avoir longuement réfléchi avec mon épouse, nous avons décidé de prendre un commerce pour pouvoir vivre décemment. Actuellement, je perçois toujours le même montant de retraite. Mon épouse étant toujours en activité, elle est secrétaire médicale, cela nous permet de survivre.

 

Il faut savoir que les aides et autres allocations sont systématiquement calculées sur votre couple et non sur votre situation individuelle. Je devais donc travailler, je n’avais pas le choix. Mais que faire quand on a été prêtre toute sa vie. Charcutier ? Plombier ? Finalement, j’ai décidé de monter un bar/tabac.

 

L’argent reste un sujet tabou pour l’Église

 

Les prêtres ont une méconnaissance totale de la situation. Notre rapport avec l’argent est totalement faussé et peu d’entre-eux osent dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. On leur offre le couvert et le gîte, ils sont quelque part infantilisés toute leur vie et n’envisagent pas leur avenir.

 

Au sein de l’Église, l’argent reste un sujet tabou. Je pense que les trois quarts des prêtres ignorent ce qu’ils gagnent tous les mois, mais l’Église les conforte dans leur ignorance.

 

Malgré leurs réticences, il est temps de clamer notre mécontentement pour espérer un ralliement au régime général de retraite. En sortant de notre silence, j’espère qu’un jour, peut-être, nos droits seront reconsidérés.

 

 

Propos recueillis par Louise Auvitu