Après AG 2026, Quelques Réflexions
L’AG 2026 nous a donné de vivre un moment chaleureux, convivial et très dense. Quel plaisir de retrouver des visages connus et d’en découvrir de nouveaux ! Après l’examen et l’approbation des différents rapports statutaires, nous avons été invités, en partant de notre histoire personnelle dans l’APRC, à examiner notre « nous » associatif dans sa complexité. Le travail d’analyse pointu d’Alexandre Perroni, sociologue, nous a ensuite permis de prendre conscience de la différence d’approche qu’il peut y avoir entre les « historiques » qui ont mené l’APRC où elle en est aujourd’hui et les arrivants pour qui l’urgence est ailleurs que celle des premiers.
Les interventions d’Isabelle Le Bourgeois, psychanalyste, et de Vincent, de Fraternité-victimes, nous ont permis de sortir de nos habitudes de pensée pour tenter d’entendre ce que cachent les propos immédiats que nous tenons ou qui nous sont adressés, et une manière innovante d’y répondre au mieux. Nous avons enfin pu visionner le témoignage de celles qui ont accepté d’exposer la teneur de leur engagement à l’APRC. Ce furent des paroles fortes qu’on retrouvera sur internet. La journée s’est conclue par un moment régional fort sympathique. Notre dimanche matin fut consacré au renouvellement du CA et à l’élaboration d’orientations pour les années à venir.
Une mention admirative s’impose à mes yeux pour l’animation de l’assemblée par Christine, notre Présidente, qui a su, doucement mais fermement, laisser la parole se déployer dans des débats véritables et canaliser toutes celles et tous ceux qui voulaient la prendre, en toute sérénité. Ce fut une charge lourde par moments. Merci à chacun des membres du CA qui se sont tour à tour chargés de l’animation d’un moment-clé de cette assemblée. Ce dont il nous a été permis de prendre conscience me semble déterminant pour l’avenir, face aux décisions que s’imposeront à nous en 2027, puisque plusieurs membres du CA nous ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils présenteraient leur démission dans un an.
Les quelques lignes qui suivent sont nées de ces échanges intenses. Elles en rendent compte ou les prolongent. C’est un point de vue personnel que j’assume comme tel. Ce texte n’engage en rien l’APRC, il se propose simplement de faire participer au débat ouvert lors cette AG. Je partirai de quelques constats avant d’analyser certains points, pour dégager en conclusion deux ou trois perspectives.
CONSTATS
- Un fait, qui n’a pas été mentionné en tant que tel dans notre assemblée, mais qui me semble remarquable : nous étions plus nombreux que les années passées, 40 présents ! (Pour un total de 137 votants). Sur l’ensemble, simplement une vingtaine étaient des « historiques », cotisants depuis plus de 10 ans. La moitié des présents étaient donc des membres assez, voire très, récents de notre association. Cela a profondément marqué la teneur des propos échangés.
- Un décalage patent se fait jour de plus en plus entre ceux qui viennent avec leurs demandes et ceux qui de longue date les accueillent et les soutiennent. Nos objectifs diffèrent : entre ceux dont la préoccupation première est toujours la revalorisation générale des retraites Cavimac et ceux dont les droits déniés ou détournés par les institutions cultuelles et par la caisse des cultes sont une urgence qui les poussent à agir. De plus, il apparaît avec une insistance accrue que les droits à retraite ne représentent qu’une part de besoins beaucoup plus grands dans le cadre de la reconstruction nécessaire d’une liberté bafouée. Il ne suffit plus de ne raisonner en termes de trimestres non cotisés. La prise en compte des personnes doit être plus globale.
- Nous sommes arrivés à un point de bascule. Les années passant, les forces vives qui assurent de fait l’activité de l’APRC se fatiguent ou aspirent à de nouveaux horizons. Tandis qu’elles se raréfient inéluctablement, les demandes arrivent en nombre : une trentaine depuis le début de l’année. Comment continuer à les prendre en charge ? Dans quelles conditions ? Sous quelles modalités ?
ANALYSES
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En presque cinquante ans d’existence, l’action l’APRC a été déterminante sur bien des points en matière de retraite Cavimac. Nous avons maintes fois obtenu gain de cause pour que des torts individuels soient réparés par des recours en justice couronnés de succès. Par notre opiniâtreté, nous avons incité la cour de Cassation à définir une jurisprudence qui amène la CAVIMAC, avec réticence certes, à réparer des « erreurs » avant qu’il soit besoin d’aller en justice. Restent encore sans solution bien des points, que ce soient les trimestres passés à l’étranger ou le cumul de plusieurs emplois, dont la prise en compte se heurte à une subsidiarité qui se veut stricte et qui est brandie comme un paravent. Des chantiers restent ouverts.
Cependant l’objectif selon lequel le cumul les succès individuels aurait pu conduire à un règlement général des problèmes posés par la retraite Cavimac n’a pas véritablement porté ses fruits. Nos actions répétées, persévérantes pendant de longues années auprès du législateur lors de l’adoption du budget de la sécurité sociale (PLFSS), n’ont pas encore permis de décisions d’ensemble. L’avenir dira si une nouvelle action est possible.
Paradoxalement, la reconnaissance des droits individuels que nous avons obtenue, a bénéficié largement à nos adversaires, même contre leur gré : l’affiliation des novices, des séminaristes, des membres des collectivités non-congréganistes puis des postulants, ainsi que les revalorisations successives des pensions et l’intégration de la caisse des cultes dans le Régime général de la Sécurité sociale, qui les remettrait en question ? Ce sont des avancées décisives, dont ils devraient nous être reconnaissants. Elles sont le fruit d’un combat acharné mené en lien avec les représentants des AMC au CA de la Caisse. Non seulement elles n’ont pas répondu à l’objectif premier de l’APRC, tel qu’il figure à l’article 4 de nos statuts : la revalorisation des retraites de toutes celles et tous ceux qui relèvent de la caisse des cultes ou le devraient, mais elles se sont soldées par l’exclusion des administrateurs AMC du CA Cavimac. Une manière originale de dire merci ?
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Notre assemblée 2026 a permis de laisser s’exprimer un sentiment encore jamais formulé aussi clairement : les membres les plus récents de notre association ressentent un manque dans la suite des générations au sein de l’APRC. Où est celle de ceux qui viennent de prendre leur retraite, de ceux qui ont entre 65 et 70 ans, nous ont-ils demandé ? Ressenti d’autant plus étonnant que ceux dont on déplorait l’absence étaient là, en fait, ne serait-ce que par leur présence majoritaire au sein du conseil d’administration ! Cela traduit certainement la prégnance du point de vue des aînés. 80% de nos effectifs ont plus de 70 ans. Les adhérents récents ont l’impression d’un hiatus entre eux et la masse que nous représentons. Les motivations de notre présence dans l’association divergent jusqu’à parfois la confrontation, selon nos époques d’adhésion, entre la défense des intérêts communs pour l’obtention d’une retraite enfin convenable au profit de tous et l’urgence de voir réparés des abus dont les conséquences s’éprouvent douloureusement au quotidien par celles et ceux qui les ont subis. Les préoccupations liées à la retraite pour angoissantes et urgentes qu’elles soient ne sont qu’un des maillons d’une chaine autrement longue de préjudices. Comment allons-nous prendre en compte cette réalité ?
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Il faudra certainement infléchir notre action. Concrètement, elle se déploie en conseil et en soutien. Nous encadrons de près ceux qui s’adressent à nous, en particulier quand il s’agit de formuler des demandes et d’argumenter auprès de la Cavimac ou des tribunaux. Pour ce faire, nous avons mis en place des outils efficaces :
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Une équipe d’accueil, qui vient de s’étoffer. Elle analyse les demandes premières et indique les démarches possibles. Travail délicat qui suppose une écoute fine et un doigté délicat pour entendre, questionner, sans être pour autant intrusif.
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Une commission « communication » qui fournit des renseignements sûrs, très bien documentés par notre site, à ceux qui voient se profiler des échéances en matière de droits sociaux. On constate que même des professionnels y puisent des renseignements utiles quand ils sont amenés à aborder des problématiques liées au culte.
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Une équipe juridique dont l’efficience n’est plus à prouver, qui permet d’élaborer des argumentations pertinentes au plus près des situations telles qu’elles nous sont soumises, et qui plaide souvent avec succès.
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Bien évidemment le CA orchestre et prend les décisions qui permettent à l’ensemble de fonctionner.
Un point commun de tous ces outils tient à notre mode de fonctionnement : nous agissons presque toujours par nous-mêmes. C’est à la fois une force et une faiblesse. Nous avons en effet acquis des compétences sures et reconnues, mais, les années passant, nous nous épuisons et nous avons du mal à transmettre nos savoir-faire. La question se pose de savoir si nous pouvons prendre encore en charge de nouveaux dossiers et jusqu’où nous pouvons les conduire. En matière de communication, la maintenance très exigeante demande une mise à jour permanente si on ne veut pas que la documentation devienne rapidement dépassée. Comment pourra, à terme, être poursuivi ce que nous avons commencé ? D’une certaine manière, et jusqu’à un passé récent, par souci de maintenir notre cohérence, nous sommes restés dans un entre-soi de fait, d’où notre difficulté à orienter des demandes vers d’autres que nous.
Notre positionnement ferme face aux institutions cultuelles a été déterminant pour résoudre nombre d’injustices et de discriminations. Nous avons su faire montre d’une capacité tactique éprouvée devant les obstacles qui nous ont été opposés. Il s’avère cependant que, ce faisant, ce sont elles qui, réagissant pour nous contourner ou nous barrer la route, ont pu tirer certains bénéfices pour leurs collectivités. En fait, peut-être même à leur insu, nous nous sommes retrouvés instrumentalisés.
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PERSPECTIVES
Il devient donc nécessaire que nous élaborions une véritable stratégie à moyen terme en élargissant notre champ d’action et que nous apprenions à déléguer, de façon à créer des liens qui répondent aux situations nouvelles. Ne serait-il pas temps, plutôt que de nous confronter en permanence à nos adversaires, d’apprendre à utiliser leurs forces pour en faire des points d’appui, à l’instar de certains sports de combat ? Le projet de contacter les institutions cultuelles pour leur faire connaître le bénéfice qu’elles pourraient tirer de faire valoir, comme nous pouvons le faire, de « faits nouveaux » en matière d’affiliation va dans ce sens.
Nous sommes poussés à entrer dans une nouvelle culture associative. L’âge nous conduit inéluctablement à laisser la place. Nous pouvons le subir et faire durer ce que nous connaissons parce que c’est juste ou bien devenir des relais. Depuis déjà longtemps, et nous encore avons fait l’expérience dans cette AG, nous sommes en contact avec des groupes qui répondent autrement que nous aux divers besoins de ceux qui quittent les cultes : le Réseau Véro, Fraternité Victimes, l’AVREF et bien d’autres. Comment voulons-nous nous positionner avec eux dans une synergie durable et efficace ? Le temps n’est-il pas venu de nous situer autrement que comme d’anciens ministres du culte, simplement comme des citoyens responsables et libres ? Ne sommes-nous pas au seuil véritable refondation ?
Jean-Pierre MOUTON