Quitter sa communauté

Quitter sa communauté religieuse : repères essentiels

...

Il arrive que nous soyons en contact avec des membres de communauté qui envisagent de partir, ou bien de leurs amis, de leur famille, inquiets. La question lancinante est : comment aider ? Tout paraît difficile : moyens de subsistance, réinsertion sociale, logement, environnement relationnel, couverture sociale… et, bien sûr, retraite.

S’agissant d’un « profès perpétuel », il vaut mieux au départ que la personne obtienne un « indult d’exclaustration[1] » - autorisation officielle de s’absenter de sa communauté, délivrée par son supérieur ou par Rome, pour une période donnée (maximum trois ans, sauf intervention du Vatican). Pendant toute la période d’exclaustration, la personne continue de dépendre de la communauté qui doit veiller sur son bien-être et maintenir sa couverture sociale (maladie, vieillesse). Il est évident que cette période d’exclaustration peut aider à préparer l’avenir. Avant la fin de l’exclaustration, un document est signé à la fois par la communauté et par la personne concernée, qui met fin aux négociations et aides.

Ce n’est pas parce que le « profès » quitte la communauté sans « indult d’exclaustration » que sa communauté peut l’abandonner…

La situation des « profès temporaires » n’est pas aussi claire que celle des « profès perpétuels » et, selon le bon vouloir des communautés, varie entre ce que nous venons de dire et ce qui suit.

L’exclaustration n’existe pas pour les novices et autres personnes en période probatoire qui ne bénéficient pas de cette protection par la communauté. Cela ne signifie pas pour autant que la communauté peut simplement les larguer à la mer et les laisser se noyer !

Le canon 702.2 dit : « L’institut gardera l’équité et la charité évangélique à l’égard du membre qui en est séparé ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Fin 2013, la CORREF a publié un fascicule de « notes canoniques »[2] fort utile et qui s’impose à toutes les communautés catholiques de France. Il est prévu, entre autres :

  • Une « aide financière pour l’insertion dans la vie civile (reprise éventuelle d’études, frais immédiats de logement, recherche d’un emploi, etc… » (insistons sur le etc… qui laisse une porte ouverte). Il est suggéré de prendre le SMIC comme base d’évaluation, « pendant un temps raisonnable (trois mois, six mois, un an…). »
  • « Bien informer la personne de sa situation au regard de la protection sociale » :

Le « profès » en « exclaustration » est couvert au niveau maladie et vieillesse jusqu’à sa sortie définitive de la communauté. La couverture maladie Cavimac des autres partants est maintenue pendant un an, sauf s’ils viennent à ressortir d’un autre régime. Les notes canoniques conseillent aux communautés de maintenir la mutuelle santé de la même manière.

  • La communauté doit remettre au partant, qu’il soit profès, novice…, entre autres :
    • « Une attestation de présence dans l’institut » - que les notes canoniques font commencer au seul noviciat. Il faut demander que l’ensemble des périodes de présence soient portées sur cette attestation, depuis l’entrée physique dans la communauté (postulat, stage, école de vie…).
    • « Une attestation d’affiliation à la Cavimac » comportant toutes les périodes concernées et le numéro de la communauté.

Si la personne qui quitte la communauté a perçu un héritage pendant sa vie religieuse, elle doit en récupérer intégralement le montant. De même si elle a apporté une dot.

Lorsque le partant bénéficie d’une pension de retraite de la Cavimac et si les revenus de son foyer fiscal sont inférieurs à un certain montant, il peut demander une ACR (Allocation Complémentaire de Ressources) auprès de la caisse – plus intéressante que l’ASPA (voir la fiche de comparaison des deux prestations).

Il arrive que les communautés ne respectent guère les consignes données par la CORREF dans ses notes canoniques… Les partants peuvent demander l’aide du SAM (Service Accueil Médiation) de la Conférence des Evêques de France) – relativement efficace, mais longue à mettre en œuvre.

Une aide financière ponctuelle peut être obtenue auprès de la CORREF.

A noter que la CORREF a ouvert une communauté qui peut accueillir des personnes qui quittent la vie religieuse et les aider à se réinsérer.

Ce que prévoient les notes canoniques est précieux pour mettre en place une réinsertion sociale, professionnelle. Mais c’est provisoire et cela n’abolit pas le désarroi, la souffrance, la peur, la solitude, que seul un soutien moral, amical, voire psychologique, peut soulager.

 

[1] « Condition d’un moine ou d’une moniale autorisés à vivre temporairement hors de leur couvent et provisoirement libérés de leurs engagements religieux. » https://eglise.catholique.fr/glossaire/exclaustration/

[2] Disponible en librairie ou aux Éditions du Cerf : http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=9891#