Que voulez-vous ?

...

La présente contribution invite à relire l’excellent compte rendu de l’Assemblée Générale des 7 et 8 mars 2026. Le sociologue y décèle chez les participants trois générations qu’il convient cependant de mieux définir en prenant davantage en compte les âges et dates de retraite liquidée :

  • Ceux que le sociologue qualifie d’ « historiques » et de « majoritaires générations post 68, issues du clergé séculier et des ordres religieux anciens » seraient disqualifiés au regard de la 3ème catégorie : leurs points de vue n’auraient plus grand-chose à voir avec les souffrances d’aujourd’hui
  • La deuxième catégorie « entrée en liste » est dite venant « particulièrement des communautés nouvelles » ce qui fait l’impasse sur la génération issue des débats et actions liées aux conséquences des lois Balladur et Fillon et des intuitions de cette génération pour une nouvelle approche de la loi 1905, et de celle du 2 janvier 1978
  • Le sociologue constate enfin à partir de 2020 « encore beaucoup d’arrivées de ces institutions, en particulier ceux qui ont décidé de partir parce qu’ils n’en pouvaient plus de l’emprise d’une vie communautaire devenue insupportable. Apparaissent encore parmi nous des adhérents - de nationalités étrangères qui ont vécu des périodes tant en France qu’à l’étranger - des conjoints ou les ayants-droit qui se manifestent davantage » Ce qui est exact, mais à nuancer par exemple l’enquête « les femmes prennent la parole » de la première génération « dites des ordres religieux anciens » correspond souvent presque mot pour mot aux témoignages des AMC rangés dans la troisième génération

 

Que les deux premières générations soient invitées à mieux se rendre compte « de la complexité des situations des uns et des autres et leurs attentes qui ne concernent pas seulement, ni même prioritairement pour les plus jeunes, la retraite » peut dès lors apparaitre comme injuste… ou pour le moins à nuancer, car les trois générations ont à être reconnues dans leur vouloir respectif.

1 Les historiques de la Première génération

Sociologiquement leurs ressentis étaient les mêmes que celles de la troisième génération qui aujourd’hui n’a pas comme préoccupation première « la retraite ». Il est important de le rappeler ce sont les « restés » qui avaient alerté leur amis diocésains « partis » ou « partant » pour qu’ils participent aux débats des années 70, conduisant à l’intégration des religieux et religieuses dans la Sécurité sociale. Ils disaient aux partis et aux partants d’aujourd’hui : attention dans vos demandes liées à vos départs n’oubliez pas les conséquences de ceux-ci sur vos pensions futures… Nos combats ont permis des avancées qui sont des acquits pour vous aujourd’hui mais qui ont été obtenus toujours pour le futur mais sans réparation du passé. Nos retraites cultuelles demeurent de profondes injustices en termes de montant et en termes de mesures de « charité ». Par exemple l’USM2 prétend réparer pour les plus démunis d’entre nous les anomalies de la retraite des cultes mais à partir des revenus obtenus au civil et en fonction des revenus de nos conjoints. Le passé n’a pas été réparé… et le présent n’est pas à la mesure de l’équité au prorata du passé cultuel

 

Pire les « historiques » que nous sommes sont à scinder en deux catégories, car les ex-congréganistes ne sont pas inscrits au régime de retraite complémentaire et l’allocation de ressources qu’ils peuvent demander à la Cavimac est moins avantageuse que l’USM2. Nos problèmes restent les vôtres et nous continuons à soutenir l’APRC par nos cotisations, et nos participations aux réunions régionales et aux assemblées générales. Que nous ayons à taire aujourd’hui nos propres demandes est une chose, mais laisser penser que nos actions sont restées un peu trop limitées à l’univers catho est inexacte. Nous mobilisions les syndicats, les médias pour dénoncer les injustices de ce régime de Sécurité sociale et des conditions de nos départs… Mais nos points de vue étaient moins audibles et plus rejetés que pour vous aujourd’hui.

2 Les historiques de la Deuxième génération

Ainsi que rappelé dans l’introduction la deuxième génération tient beaucoup de la première génération mais une question nouvelle s’imposait : à savoir à partir de 2000 l’application du « taux plein » pour partir en retraite à l’âge légal… Cette nouvelle réalité coïncidait avec le refus de la CEF et de la Corref d’aller plus loin que les mesures de « charité ». L’Assemblée générale de Nîmes entérinait le fait qu’il fallait désormais faire appel à la justice civile… En même temps des transactions individuelles n’étaient pas abandonnées mais renforcées.

 

La grande nouveauté de la période sera de démontrer que la loi de 1905 est « sous réserve de l’ordre public », et que la loi du 2 janvier 1978 étant d’ordre public, prime sur les règles canoniques ou celles que peuvent se donner tel ou tel culte. A partir de cette expertise validée par les tribunaux et la Cour de Cassation, vont être défendues les périodes de probation et les nombreuses anomalies liées aux affiliations à la Cavimac tant du côté du culte catholique que de tous les autres cultes.

 

Certes la bonne application du droit de la Sécurité sociale, par les actions juridiques, apparait comme caractéristiques de cette génération mais comme la précédente elle a multipliée les actions médiatiques, les démarches tant en interne CEF et Corref et Cavimac qu’auprès notamment des parlementaires par des mesures nouvelles :

  • doublement de l’allocation complémentaire aux partis,
  • mise en place du minimum contributif normal puis majoré s’appliquant aux nouveaux retraités.
  • affiliation des diocésains à l’Arcco, mais échec d’une telle demande pour les religieux et religieuses.
  • La jurisprudence a par ailleurs conduit à faire reconnaitre, par les diocèses et les collectivités religieuses, les nombreuses anomalies se matérialisant par le constat des arriérés à la charge des institutions cultuelles.

 

Comme la première génération le souci de s’associer à d’autres structures comme l’AVREF, l’Envers du décor, l’Union des Associations familiales, les syndicats, les médias, les pétitions, le Parlement, les Défenseurs des droits successifs, les réclamations au niveau européen ont été présents aux Assemblées générales annuelles.

 3 La génération d’une « donne » à la fois ancienne et nouvelle

Par bien des côtés la nouvelle génération ressemble à la première quand celle-là donnait la priorité aux contacts humains avec les interlocuteurs institutionnels. On ne saurait oublier que c’était le souci premier des Assemblées et Conseils d’Administration notamment des années 1990. Les historiques n’ont aucune difficulté à entendre ce que leur disent les nouveaux adhérents : reconnaissance et réparation des raisons et des conditions de leur « sortie ». Qu’ils fassent valoir leur demandes dans d’autres structures est tout entier vécu et reconnu par les historiques : nous cherchons depuis plus de quinze ans à travailler avec elles, en apportant une spécificité et une expertise se rapportant aux conséquences des départs sur les retraites futures. Les conditions sont désormais différentes puisque nous avons acquit pour eux en particulier le minimum contributif majoré et que nous calculons pour eux les dommages et intérêts à demander pour les arriérés. Les « vouloirs » mettent l’accent sur les anomalies individuelles et structurelles de la condition de « partis » : nous sommes de tout cœur et en solidarité tous les acteurs sollicités pour intervenir.

 

Le point de vue d’Isabelle LE BOURGEOIS : religieuse auxiliatrice (mouvance des

ignaciens, psychanalyste), à l’assemblée générale se veut réaliste : « Il y a toujours une bonne raison de venir demander de l’aide, mais derrière se cachent de l’« irréparable » et de l’« irréparé ». Il faut du temps pour que ce soit dit peu

ou prou ». Faut-il en rester à ce constat et s’y tenir ?- Ce n’est pas l’histoire de l’APRC même si l’association n’a pas été fondée pour être éternelle. Sa raison d’être fut et est par tous les moyens, faire face y compris à l’irréparable !

4 Assurer l’avenir

Que ce soit avec les historiques ou par d’autres compagnonnages, un problème institutionnel demeure, celui de la personne présente ou ayant quitté une institution, et son droit à être entendue et défendue. Les institutions comme les employeurs et administrations en général, agissent, avec ou à partir des logiques institutionnelles, le point de vue de leurs membres venant en second plan. Les institutions fondées pour prendre en charge les membres (à l’intérieur ou par une autre institution) rendent premier le point de vue du membre dans son cadre institutionnel. L’APRC s’est spécialisée pour agir auprès des personnes sous l’angle de leur future retraite. Des avancées ont eu lieu, des sauvegardes sont à maintenir, des questions nouvelles apparaissent… mais une même logique demeure : les institutions ont tendance à renouveler les erreurs du passé en privilégiant leur « mission » et leur raison d’être.

 

Prenons un exemple : les adhérents arrivant aujourd’hui ont bien été appréhendés par le sociologue comme nouveauté « 2020 », mais déjà on peut prévoir qu’en 2030-2040 une nouvelle génération d’adhérents réclamera justice sous l’angle des conséquences de leur passé cultuel sur leurs droits à pension, en tant que « laïque en mission ecclésiale » le plus souvent bénévole ou à temps partiel »

 

De même on peut prévoir des prêtres (c’est déjà vrai pour de nombreux religieux et religieuse travaillant de plus en plus à temps partiel ou travail saisonnier) qui seront lourdement pénalisés par un argument à combattre celui de la subsidiarité : non il n’est pas vrai que la subsidiarité dispense la Cavimac d’avoir à recueillir la partie cultuelle des cotisations lorsqu’un affilié à une double activité « simultanément ou successivement ».

 

Assurer l’avenir c’est aussi tenir compte de la démographie et de la loi Lura. Les historiques ont pu se développer avec des milliers d’adhérents potentiels. La nouvelle génération est fondée sur la chute importante des vocations ces cinquante dernières années. Les communautés dites « nouvelles » ont maintenu une illusion celle d’un remplacement, mais sur des bases démographiques moindres et qui subissent le même pourcentage séculaire de « partis » ou « partants ». Les potentiels adhérents sont fondamentalement moindres. Historiques et nouveaux adhérents doivent tenir compte de ces nouveaux fondements.

 

Depuis 2018 une autre évolution est à l’œuvre à savoir la loi Lura s’appliquant à toutes les petites caisses de Sécurité sociale : lorsqu’un pensionné de ces petites caisses demande la liquidation de ses droits à pension avec moins de quinze années d’affiliation dans cette caisse particulière, sa pension est prise en charge par la Caisse où il a plus de trimestres. Il en résulte que de moins en moins d’AMC figurent et figureront dans les effectifs de la Cavimac, c’est d’ailleurs vrai pour les autres cultes…

 

 

 

A la dernière assemblée générale de nouveaux adhérents s’agaçaient de témoignages et d’arguments émanant des « historiques » qu’ils avaient du mal à comprendre Il est vrai que les situations ont changé, souvent d’ailleurs grâce aux acquits obtenus par les générations précédentes. Une chose ne saurait changer celui de continuer à entendre et à combattre « l’irréparable » sous quelque manière que ce soit, et pour le moins en faveur de ceux qui viennent après. Les nouveaux adhérents sont dits, porteurs de demandes nouvelles En réalité des témoignages dans les années 1990 sous le titre « les femmes prennent la parole » témoignaient des mêmes injustices Depuis une quinzaine d’années, l’APRC a multiplié les contacts avec les structures au service des partis et des partants d’une collectivité religieuse. Elle ne cherche pas à s’imposer, pas davantage à durer. Lorsqu’un passage de génération s’est opéré au début des années 2000, de nouveaux militants sont venus redéfinissant les objectifs tout en reprenant et complétant les actions des historiques précédents. L’histoire de l’association est d’abord le constat de « l’Ecclésiaste » « Rien de nouveau sous le soleil » en matière de dérives par le monde religieux. Une nouveauté cependant, la démographie déclinante que les renouveaux religieux n’ont pas enrayée. Et bientôt aussi les nouvelles victimes qui sont et seront à la recherche d’une « retraite convenable » pour leur mission ecclésiale acceptée dans la générosité du bénévolat, ou dans les conséquences d’un temps partiel exempté de cotisations sociales pour le temps « cultuel ».

 

Jean Doussal, juillet 2026