Les trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance

1/ Pauvreté

La pauvreté religieuse n’a rien à voir avec celle que vivent des gens à la rue ou qui peinent à subvenir à leurs besoins, en France ou ailleurs.

Cette pauvreté est vécue de manière très différente selon que l’on parle d’une communauté religieuse apostolique et d’une autre contemplative, monastique. Les premiers peuvent percevoir des salaires pour leur travail (éducation, santé…) ; ils mettent leurs biens en commun. Les autres ne perçoivent rien à titre personnel, même s’ils travaillent (artisanat, entretien, accueil…).

Que la communauté soit apostolique ou contemplative, la pauvreté de ses membres est relative : ils ne manquent de rien, même si leurs menus ne sont pas abondants, leur cellule sobre. C’est une pauvreté choisie – pour vivre autre chose, en Dieu, pour se libérer.

C’est une pauvreté individuelle et non une pauvreté collective : la communauté peut posséder des biens, voire être riche (bâtiments, dons, legs…) tandis que ses membres vivent chichement. La communauté peut choisir d’essaimer à travers les continents, de fonder d’autres maisons et elle dépense son argent (beaucoup d’argent) dans ce but. Elle veut aussi une belle église et choisit d’y consacrer sa richesse, à la gloire de Dieu.

La loi de généralisation de la sécurité sociale a obligé les communautés à cotiser pour la retraite. Beaucoup n’en voyaient pas la nécessité.

Les membres de communautés apostoliques, qui ont perçu un salaire, perçoivent leur retraite (régime général, MSA…) sur un compte bancaire à leur nom – et la reverse, en totalité ou en partie à leur communauté.

Une caisse spécifique a été créée pour les cultes ne cotisant pas au régime général. Etant donné le peu de besoins individuels de leurs membres, les communautés contemplatives et monastiques cotisent a minima pour la retraite, et le montant des pensions versées est de ce fait minime.

Ce sont les communautés contemplatives et monastiques qui perçoivent les retraites versées pour leurs membres. Le jour où ces derniers ne peuvent plus travailler, la communauté assure leur subsistance, les soigne et les enterre.

Mais certaines communautés revendiquent leur pauvreté pour faire appel à la charité publique. C’est par le biais des minimas sociaux – ASPA, CMU… ou par celui des associations caritatives : certaines communautés vont faire le plein auprès des banques alimentaires et des restos du cœur. On tombe là dans le vol des pauvres, des sans-logis, des migrants, des gens qui ont faim.

Quels que soient nos revenus, même très faibles, chacun d’entre nous fait des choix. Ce n’est pas à la collectivité de les assumer.

Pour autant, je ne dirai pas que toutes les communautés religieuses sont riches et je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de péréquation entre elles. Les communautés qui démarrent peuvent avoir bien du mal à faire face aux besoins du quotidien et elles trouvent les cotisations sociales trop élevées pour leur maigre bourse.

En fait, la pauvreté religieuse ne devrait pas avoir de connotation financière : elle est autre. Elle est qualitative, philosophique, elle est une façon d’être dans son cœur, de recevoir et de se comporter.

Bienheureux les pauvres, car ils verront Dieu !

2/ Obéissance

Marie répond à Gabriel lors de l’Annonciation : « Qu’il me soit fait selon ta parole ».

Charles de Foucault traduit : « Je suis prêt à tout, j’accepte tout, pourvu que la volonté de Dieu se fasse en moi ».

On nous disait qu’il fallait devenir « inconditionnel ». En esprit, c’est magnifique, admirable ! Et je souhaite avoir cette attitude devant la vie et ses aléas, devant la maladie et la mort.

Mais ce peut être extraordinairement infantilisant et nocif.

Je me souviens que notre responsable de communauté citait en exemple (était-ce dans les récits des pères du désert ?) une religieuse à laquelle on avait dit de planter des salades qui étaient pourries – et elle l’avait fait – par obéissance ! J’ai vu, de mes yeux vu, une novice à laquelle on avait dit de mettre une porte sous le matelas trop mou d’une chambre d’hôte prendre la porte même de la pièce…

Oui, c’est ridicule. C’est de l’obéissance mal comprise.

J’ai connu la « venia ». C’est un geste que l’on fait couramment dans certaines communautés contemplatives – pour demander pardon, pour dire sa soumission, à Dieu et à sa responsable. Après s’être mis à genoux, on pose une main à terre et l’on s’allonge latéralement sur le sol. On ne se relève que sur un signal de la prieure : elle toque du doigt contre le mur, un livre… On doit attendre ce signal, éventuellement écouter une semonce, ne jamais répondre.

On nous racontait qu’un jour, la prieure générale, fondatrice de la communauté, avait commis je ne sais quelle faute et que, voulant demander pardon à la communauté, elle s’était mis