oct. 16, 2018

40 ans de la Cavimac : profil bas pour conquérir les autres cultes


Notre compte rendu serait-il trop attendu ? Pour tous ceux qui, notamment depuis le 26 septembre, ont travaillé à ce que l’APRC soit efficacement présente le 11 octobre, le résultat pourra paraitre décevant : à peine une petite allusion aux tracts/info de notre association distribués par l’équipe valeureuse autour de son Président Jean Pierre MOUTON.

La volonté de l’Église catholique d’ignorer les esprits et les structures critiques à son égard est un fait bien établi s’agissant des victimes d’abus sexuels, or elle est également vécue depuis des siècles par ceux qui « quittaient » le ministère et la vie religieuse. Peut-on en conclure que depuis 40 ans l’APRC n’a servi et ne sert à rien ?

Qu’on ait voulu nous ignorer ne veut pas dire que ce 40ème anniversaire ne portait pas la marque des actions conduites en particulier tout au long de cette dernière décennie. Par rapport au 25ème anniversaire la différence est flagrante… Alors tout était bon et beau, le 11 octobre « on » préférait taire le passé et dire que désormais il fallait affilier, affilier… tous les cultes et donc tous les ministres du culte et membres de collectivités religieuses « identifiés » … On se gardait bien de parler des procès gagnés par l’APRC, mais on ne triomphait plus. On faisait semblant d’oublier la question des arriérés mais c’était en demandant à la tutelle de garantir les fonds d’actions sociales.

FORUM

1 Un anniversaire à minima 1

2 Avant l’ouverture de la célébration 2

3 Les interventions du matin 3

4 Le « cocktail déjeunatoire » 4

5 Un après-midi qui se voulait plus pratique 5

 


1) Un anniversaire à minima

La « grand’messe » des 40 ans de la Cavimac s’est déroulée à minima, ce 11 octobre 2018. Elle a regroupé à la Maison des Océans autour de 300 participants : loin, a priori, de ce qui était espéré puisque 600 invitations avaient été lancées… L’amphi comptait beaucoup de chaises vides, tandis qu’une partie du personnel de la Caisse était venue en renfort.

Pas de ministre…Pas d’explication sur l’absence de Madame Buzyn, pourtant annoncée. Seuls officiels : Dominique Libault ancien Directeur de la Sécurité Sociale et la Directrice actuelle Mathilde Lignot Leloup ; tous deux partiront peu après leurs interventions. Des administrateurs hommes cathos notoirement absents comme de Carpentries, et Guillemin (deux prêtres diocésains), tandis que leurs suppléants n’étaient pas là non plus. Absence remarquable également celle de Mgr Bonnet (d’ailleurs suppléant).

Des salariés de la Caisse en nombre significatif, des membres de la Mutuelle Saint Martin, une présence en force mais discrète des Témoins de Jéhovah. Quelques costumes exotiques tranchaient sur les vêtements ordinaires de la plupart des présents : une lama en marron, une ou deux religieuses en noir et blanc dûment voilées, une ou deux barbes avec robe noire musulmane, des croix au revers, des chemises de clergyman… Mais une majorité en pékins moyens… Personne de l’APSECC. Au total, les présences relèvent plutôt de la CORREF… mais pas de représentations venant des communautés nouvelles sauf le Père Antoine Cousin du Chemin Neuf, qui par ailleurs est trésorier de la CORREF. La présence du culte catho reste massive, mais sans les collectivités à problème et avec la volonté de faire la place aux autres cultes… qui cependant ne sont pas venus en force comme cela était sans doute souhaité. D’ailleurs les catholiques non romains qui affilient le double de cotisants par rapport aux cultes bouddhistes, musulmans et orthodoxes étaient également absents…

Toujours au chapitre des absences/présences… Le professeur Machelon n’est pas là : il a été remplacé par un journaliste en retraite qui avait écrit un livre sur le Régime en l’an 2000… Tout cela permet de conclure que les organisateurs s’étaient comme rabattus sur un 40ème anniversaire moins ambitieux et sans tapage…

Avant de clore ce chapitre, à noter cependant la présence du Responsable du Bureau des Cultes et de son adjointe qui seront présents et très attentifs toute la journée, tandis que les deux personnes, représentant à la DSS la cellule des Régimes spéciaux, s’éclipseront en fin de matinée…

2) Avant l’ouverture de la célébration

Sur le trottoir de la rue, à l’entrée, nos amis de l’APRC (Jean-Pierre Mouton, Catherina Imbault Holland, Luc Gouraud, Michel Nebout) se sont positionnés pour distribuer les tracts. Un sms nous apprendra dans la matinée qu’ils en ont remis 150 soit la moitié de ce qui avait été programmé avant leur dispersion (ou plutôt leur repli sur un bistrot réconfortant) et qu’ils ont rencontré une journaliste de La Croix. A priori, cette journaliste sera ensuite très présente pour des rencontres pendant le cocktail

Nous voici donc rentrant dans la Maison des Océans, pour un café d’accueil. Le personnel de la Caisse est immédiatement à l’aise avec nous… Les rencontres sont chaleureuses avec certains administrateurs (plus spécialement femmes… tandis que d’autres cherchent à nous éviter), amicales aussi avec les représentants « autres cultes ». La distance est recherchée par les grands Administrateurs catho de la CEF et de la CORREF, sauf Mgr Moutel et le Père POTIER qui restent en dialogue. Philippe Potier évoque avec Jean Desfonds son goût pour une activité multidirectionnelle et la préparation du 500ème anniversaire de la paroisse où il exerce…

Monsieur Dessertaine est comme à son habitude à la fois, chaleureux et lançant des piques à qui agit sans son autorisation… Il ne prendra pas la parole publiquement laissant en première ligne le matin Philippe Potier et l’après midi ses cadres. Dans une conversation privée avec nous, il se réjouit de ce que la Cavimac à qui sa démographie déficitaire annonçait une dégringolade, est en fait passée de 14 000 à 16 000 cotisants, malgré les décès : résultat de sa politique d’affiliation…

La première rencontre significative sera celle de son prédécesseur Monsieur Buffin dont la présence a été signalée. Or que dit ce directeur de 1994 à 2006 ? D’abord qu’avant lui la « Sécu » n’était pas assez présente, que les cultes auraient dû davantage se mobiliser pour la retraite… des occasions manquées…

3) Les interventions du matin

D’emblée, le Président Philippe Potier place la célébration sous l’angle du présent et de l’avenir. Pas question de se laisser emporter par des débats sur le passé. Le mot « erreur » n’est pas prononcé, et aucune allusion n’est faite à l’histoire des 40 ans telle que nous l’avons décrite dans un document dont chacun des membres du Conseil d’administration a reçu un exemplaire une semaine auparavant. Stratégie bien connue de l’Église catholique : on fait comme si les critiques n’existaient pas. Choix de l’ignorance donc, ce qui ne veut pas dire que nos publications n’ont pas d’impact… Une « Sœur » administratrice témoigne : « Vous nous faites découvrir et avancer » …

Le premier intervenant, Dominique Libault, fait un rappel fort de la « généralisation 1974 » dont le régime social des cultes est issu, mais il approuve le pragmatisme qui marque ces 40 années. Les défis se trouvent aujourd’hui du côté d’un volet dépendance, pour lesquels les cultes se diront dans la journée, porteurs de technicité et de modèles à présenter aux autres régimes. La tutelle approuvera et appréciera…

L’autre message étant que la solidarité nationale à l’heure Macron ne saurait être la seule : il faut promouvoir les solidarités familiales, régionales et là encore les cultes peuvent servir de modèle… Au demeurant donc, côté Tutelle, tout va bien dans ce régime particulier qu’il convient d’écouter et de suivre dans ses propositions.

Nous – les 4 administrateurs – avions prévu quelques interventions au cas où la parole du public aurait été possible. Ce ne fut pas le cas, dans un programme bien préparé et mené tambour battant, avec des interludes musicaux bienvenus : des chants religieux grecs, bouddhistes, protestants, musulmans, catholiques évoquant notamment les 4 obédiences religieuses participant à la Table ronde de la matinée, animée par le journaliste François Charpentier. Nous avons en effet entendu les prises de paroles successives d’un évêque catholique (Denis Moutel), d’un protestant évangélique, d’un bouddhiste, d’un musulman …

Alors que le journaliste animateur attendait des réponses précises sur le régime social des cultes, chacun des intervenants était plutôt venu pour présenter son culte (caractéristique, effectifs etc.) avec, au final, une certaine difficulté à vraiment parler du sujet du jour… Donc, avant tout, présentation de son culte de manière positive, soulignant ses spécificités. Cela a donné – et c’était manifestement l’intention – une image d’une Cavimac au service des cultes, et non plus seulement du seul culte catholique, même si celui-ci demeure largement majoritaire à la Caisse. L’intérêt de cette table ronde fut aussi de faire apparaître la Caisse comme un des lieux nationaux d’un œcuménisme pratique et respectueux entre les religions. On souligna d’ailleurs la présence d’une bonne quinzaine d’obédiences à l’intérieur de la Cavimac, réparties en 1787 collectivités religieuses.

L’évêque de St Brieuc, présent à la table ronde, évoqua discrètement au détour d’une phrase la distribution d’un tract à l’entrée, laissant entendre que demeurent des problèmes à résoudre…Mgr Moutel était-il le plus à même d’intervenir ? Manifestement il tâtonnait dès lors qu’il fallait vraiment parler du régime social des cultes. On notera en particulier cette modification demandée à un propos qu’il avait mis sur sa diapo : à l’affirmation première de « la constance » du culte catholique en matière de solidarité, il demandait de substituer « une affirmation progressive » de son culte en matière de solidarité… Signe d’une prise de conscience graduelle des critiques que l’on peut faire à la Caisse.

Manifestement il n’était pas le mieux armé pour répondre sur l’affiliation au régime complémentaire dont il ignore que les religieux et religieuses sont dispensés parce qu’ils vivent en communauté. Briffés par les spécialistes (Pères Potier, Pecqueux, Mestre, Sœur Magne), il continue d’avoir une approche pas du tout critique, bien que sa bonne volonté soit manifeste pour entendre la voix de l’APRC… Il reste avant tout celui qui cherche le consensus, et c’était aussi manifeste par rapport aux autres intervenants : toujours le souci de tenir compte des particularités ou plutôt de ce qui est bien du côté des autres cultes : un piège évident pour nous… car on se trouve exactement dans ce qui s’est passé en 1977, l’épiscopat s’étant rangé du côté des moins-disant : petites congrégations et monastères. Aujourd’hui les cultes bouddhistes, musulmans, orthodoxes prennent la relève de ce plombage…

Si le culte évangélique fait état pour sa part d’un grand passé à la Cavimac et de sa volonté de faire entrer tous ses pasteurs dans le régime (la moitié préférant encore le RG), les cultes bouddhistes et musulmans avancent mille arguties, pour demander aux instances de la Cavimac de faire preuve à leur égard de beaucoup de compréhension et d’indulgence…

Jean Doussal, lève ostensiblement le bras pour intervenir1, mais le journaliste est manifestement myope ou fait comme s’il ne voyait pas cette demande de parole…

4) Le « cocktail déjeunatoire »

Le « cocktail déjeunatoire », du meilleur goût, permet beaucoup d’échanges à bâtons rompus, en fonction des affinités et des rencontres.

Les « grands » administrateurs du culte catho Pecqueux, Mestre, Magne, Cousin et même l’ami Dumoulin, préfèrent nous éviter… Un bonjour poli, mais on reste entre soi… Il faut donc parfois « coincer » l’un ou l’autre. C’est ainsi qu’un dialogue s’amorce entre Jean Doussal et le Père Pecqueux sur une question dont celui-ci a la charge à la CEF : Jean Doussal lui parle de son frère … et des difficultés des vicaires généraux. Le Père Pecqueux admet la grande difficulté dans laquelle ils se trouvent en matière d’effectif (prêtres âgés, jeunes prêtres) … Jean lui rappelle l’importance d’avancer s’agissant des LEME en contrat de bénévolat… Le Père Pecqueux dit : « On y travaille », mais préfère aller chercher une tasse de café… et disparaître…

Autre contact qui mérite d’être rapporté : « On ne se voit plus ! » dit à Jean Doussal la standardiste de la Cavimac… Elle est à présent la plus ancienne : 38 ans de maison. Elle explique qu’une partie du personnel de la Caisse a refusé de venir à la célébration. Elle raconte ce que nous savions : la rébellion contre le directeur, à son arrivée. Mais elle reconnaît que finalement, les craintes du personnel étaient mal fondées…

5) Un après-midi qui se voulait plus pratique

L’après-midi a été consacré à présenter les services spécifiques offerts par la Cavimac, en soulignant la prise en compte de l’appartenance communautaire des individus – ce qui n’existe pas dans les autres caisses – avec même une solidarité interne se traduisant notamment par une péréquation selon la capacité contributive des communautés… Différents acteurs de la Cavimac ont décrit tout ce dont la Caisse peut s’enorgueillir : guichet unique pour les cultuels de France, simplifications administratives, actions de prévention, prestations extra-légales…

Comme « représentant des assurés » (dixit Philippe Potier), le Pasteur Stupler arrivait ensuite en illustration pour apporter un témoignage confirmant le bon fonctionnement et l’intérêt de ces particularités Cavimac, ce qui a fait dire au président Philippe Potier que la petite Cavimac pourrait inspirer, sur bien des points, une réforme de la Sécurité Sociale…

Le clou de ces interventions de « représentants des assurés » reviendra au Père Antoine Cousin (administrateur au nom des communautés nouvelles mais en fait trésorier de la CORREF et faisant barrage aux communautés nouvelles qui n’ont pas régularisé leur situation). Le propos est loin d’être anodin et sera très applaudi. Il relève d’abord qu’à aucun moment de la journée, un mot n’a été prononcé, pourtant essentiel à la Cavimac : « pauvreté ». Il le rattache aux traditions spirituelles universelles dont les religions présentes à cet anniversaire témoignent. Il salue en la personne du représentant de la Cavimac au Fonds d’actions sociales un Saint Vincent de Paul, et énumère les différentes aides dont celle qui nous concerne : l’allocation complémentaire de ressources. Le message est voilé, mais il est clair pour l’administrateur AMC qui connaît bien le personnage. Il dit équivalemment : « En tout état de cause (et bien qu’il y ait eu des erreurs), de quoi vous plaignez-vous ? L’allocation est là pour rétablir la justice ! ». Avec son couplet sur la pauvreté, Antoine Cousin lance un peu loin le bouchon : à croire que les pauvres résident majoritairement dans les collectivités religieuses ! Or justement, il dit à ces collectivités : vous êtes dans le vrai, malgré toutes les critiques que vous pouvez entendre, et vous êtes tout à fait fondées à réclamer les aides extralégales ! Venez donc à ce régime particulier qui vous assistera et vous viendra en aide, malgré les erreurs qui ont pu être commises…

En conclusion, Philippe Potier fait une distinction entre régimes « spéciaux », qui sont des régimes abritant des privilèges catégoriels, et régimes « particuliers » qui peuvent être des régimes « alignés » sur le RG. Pour lui, la Cavimac est un régime aligné. Or un régime aligné paie les mêmes (???) cotisations et reçoit les mêmes prestations que le régime général. Simplement il est tenu compte des particularités de ceux qui lui sont affiliés.

A l’évidence, cette célébration du 40ème anniversaire de la Cavimac avait pour but d’attirer à elle tous les cultes, avec un mot se substituant à celui de cultes « reconnus » : il s’agit à présent des cultes « identifiés » … L’objectif du rapport Machelon (faire de la Cavimac le lieu de rencontre de tous les cultes) apparaît désormais comme une évidence… Les Pouvoirs publics y sont très attentifs. Tout le problème est que ce lieu est vu comme un entre soi, sous la tutelle des autorités cultuelles, mais sans la présence des assurés en tant que tels, sans la présence d’instances en charge des dérives sectaires, sans la présence de points de vue issus de la laïcité.

 


En marge de l’assemblée :

Dans l’amphi, nous nous sommes retrouvés assis auprès d’Olivier Konarzewski qui a fondé, avec le politologue Antoine Sfeir, récemment décédé et spécialiste de l’Islam, une revue intitulée Croyances et Villes. Il a recueilli notre point de vue sur la Cavimac. Manifestement il suit de près l’évolution de cette Caisse.

Aparté de Gérard Bouzereau avec Mgr Denis Moutel (voir ci-dessous2)

Une journaliste (LA CROIX) circulait durant le cocktail déjeunatoire mais nous n’avons pas eu l’occasion de l’approcher.

 FORUM


Le 14 octobre 2018

 


Gérard Bouzereau, Jean Desfonds, Jean Doussal, Colette Thomas

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1)  Elle aurait porté sur quatre points :

- Renforcer le propos de Dominique Libault, en rappelant que l’affiliation est fondée sur un principe simple : toute personne prise en charge par un culte qui n’est pas inscrite à une autre Caisse de SS doit l’être à la Cavimac

- Rappeler que la très grande majorité des cotisants à la Cavimac n’est pas affiliée à l’ARCCO alors qu’elle devrait l’être

- Rappeler aux cultes musulmans et bouddhistes leurs nombreuses affiliations à la CMU et à PUMA

- Rappeler les milliers d’arriérés qui laissent sur le carreau tant et tant d’assurés

Manifestement tout était fait pour qu’aucune question ne soit posée par les auditeurs de ce grand amphi


2)


GB : « Le 9 octobre 2018 la CAVIMAC a versé sur mon compte 121.48 € en tant qu’Ancien Ministre des Cultes, pour 43 trimestres retenus et cotisés, dont 6 validés en 2010 par la Cour de Cassation. »

DM : « Vous pouvez avoir des aides ! »

GB : « Je ne veux pas la charité je veux la Justice ; ce sont les évêques qui n'ont pas voulu cotiser. Moi je ne suis pas parti en retraite avec 'mon bus' ... Nos amis restés ont des honoraires de messes, logements, etc. »

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